Le Front de libération de l’Azawad a annoncé mardi avoir procédé à ce qu’il a qualifié de « retrait stratégique et ordonné » de la ville de Kidal, dans le nord du Mali — une évolution qui pourrait ouvrir la voie au retour de l’armée malienne et de ses alliés russes dans une ville échappant à leur contrôle depuis environ six mois.
Cette annonce figure dans un communiqué officiel, portant le numéro 022 et daté du 6 octobre 2026, dans lequel le Front affirme que son commandement militaire a pris la décision de se retirer en raison de ce qu’il décrit comme des risques croissants pesant sur les civils encore présents à Kidal, du fait du recours intensif à l’aviation par le « Corps Afrika » russe et les forces liées au pouvoir militaire de Bamako.
Une « mesure opérationnelle temporaire », pas un abandon du combat
Selon le communiqué, cette décision fait suite à « une évaluation objective de la situation opérationnelle et tactique » et vise à protéger la vie des civils tout en préservant les capacités humaines et logistiques du Front.
Le Front de libération de l’Azawad a accusé les forces attaquantes d’éviter les affrontements terrestres directs en privilégiant les frappes aériennes, affirmant que ces frappes ont détruit une partie des infrastructures publiques et civiles et mis en danger la vie des habitants.
Le Front a précisé que son retrait de Kidal s’est déroulé de façon progressive et organisée, sans qu’aucun affrontement direct n’ait eu lieu entre ses forces et celles progressant vers la ville, qualifiant cette démarche de « mesure opérationnelle temporaire » qui ne signifie en rien un abandon du combat. Le communiqué ajoute que le Front poursuivra « sa lutte politique pour la libération et la résistance de l’Azawad », jusqu’à l’obtention d’une solution qu’il qualifie de juste, durable et conforme aux aspirations des populations de la région.
Des sources évoquent un retrait effectif entamé plusieurs jours avant l’annonce
Des sources proches du dossier, citées par Rouya Afrikia, indiquent que les dernières unités du Front de libération de l’Azawad avaient en réalité quitté Kidal plusieurs jours avant l’annonce officielle du retrait, estimant que cette démarche s’inscrirait dans le cadre d’un accord non déclaré conclu sous la médiation du commandant des forces de l’est libyen, Khalifa Haftar.
Selon ces mêmes sources, cet arrangement viserait à éviter à Kidal un affrontement militaire d’ampleur, et à créer les conditions d’un retour de l’armée malienne offrant au pouvoir militaire de Bamako une sortie politique après la perte de la ville en avril dernier.
Aucune annonce officielle n’a pour l’heure été faite, ni par les autorités maliennes, ni par le Front de libération de l’Azawad, ni par la partie libyenne, pour confirmer l’existence d’un tel accord ou le rôle de Haftar dans une médiation sur Kidal. Bamako n’a pas non plus annoncé l’entrée de ses forces dans la ville ni la reprise totale de son contrôle, tandis que la nature des dispositifs sécuritaires qui suivront ce retrait reste encore floue.
Une source proche du GSIM : une décision de ne pas défendre Kidal prise plusieurs semaines auparavant
Dans un développement lié, une source proche du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) affirme que le groupe avait décidé, plusieurs semaines avant même le début de la progression des forces maliennes vers Kidal, de ne pas engager ses combattants dans la défense de la ville.
Selon cette source, les dirigeants du groupe ont fait connaître cette position en interne dès l’arrivée de leurs éléments dans la zone d’Anefif, où ils ont indiqué qu’ils « ne participeraient pas aux combats pour défendre Kidal », estimant que la bataille devait être déplacée vers plusieurs fronts à travers le Mali plutôt que d’être circonscrite à une seule ville.
La source ajoute que cette orientation s’est traduite concrètement par le positionnement des cadres du groupe, dont la majorité se trouve désormais dans le sud du Mali et la région du Macina, loin de Kidal — un indice d’un possible déplacement des priorités de combat du groupe vers d’autres fronts.
De la chute de Kidal en avril à la situation actuelle
Le Front de libération de l’Azawad avait pris le contrôle de Kidal en avril dernier, lors d’attaques coordonnées avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, contraignant l’armée malienne et des éléments du « Corps Afrika » russe à quitter la ville.
La chute de Kidal avait alors représenté un coup militaire et symbolique majeur pour le pouvoir de Bamako, qui avait reconquis la ville en novembre 2023 avec un appui russe, après des années durant lesquelles elle était restée hors du contrôle effectif du gouvernement central.
Cette étape ouvre-t-elle la voie à des négociations ?
Des observateurs estiment que ce retrait pourrait résulter de manœuvres régionales et internationales visant à créer les conditions propices à des négociations entre le gouvernement malien et les groupes armés du nord du pays, après plusieurs mois d’escalade et d’élargissement des combats.
L’avenir de Kidal demeure toutefois ouvert à plusieurs scénarios, notamment à la lumière des informations selon lesquelles le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans — qui avait pourtant participé à la prise de la ville — se serait retiré de l’option de la défendre, ses dirigeants s’étant plutôt repositionnés vers d’autres fronts plus au sud.
La ville revêt une importance politique et symbolique particulière pour les mouvements azawadis, tandis que sa reconquête constitue un objectif central pour le pouvoir militaire malien. L’entrée de l’armée dans la ville sans bataille d’envergure, si elle se confirme, pourrait ainsi marquer le début de nouveaux arrangements politiques — ou simplement un repositionnement temporaire avant une nouvelle phase d’affrontements.







