Deux combattants russes détenus par les mouvements de l’Azawad depuis la bataille de Tinzaouaten, en juillet 2024, ont été libérés à l’issue d’un long processus de négociation impliquant des personnalités liées au commandement militaire de l’est de la Libye, a indiqué une source à Rouya Africa.
Un accord finalisé la semaine dernière
Selon cette source, l’accord est entré en vigueur après que les négociations ont atteint leurs dernières étapes la semaine dernière — une évolution qu’une autre source avait déjà signalée à Rouya Africa avant même la conclusion effective de l’accord. Saddam Haftar, commandant en second des forces de l’est libyen, a joué un rôle central dans cette médiation : après leur libération, les deux Russes ont été transférés vers la Libye plutôt que remis directement aux forces russes stationnées à Anefif ou à Gao, dans le nord du Mali.
Ni le Front de libération de l’Azawad, ni le commandement de l’est libyen, ni les autorités russes n’ont commenté officiellement les détails de cet accord, et les conditions sur lesquelles il repose — notamment l’existence éventuelle d’une contrepartie financière ou d’autres arrangements — demeurent inconnues.
Une visite secrète à Awbari et Benghazi à l’origine du processus
Les prémices de cet accord remontent à plusieurs mois, lorsqu’une délégation du Front de libération de l’Azawad s’est rendue, dans le plus grand secret, dans les villes d’Awbari et de Benghazi, selon une source libyenne ayant témoigné auprès de Rouya Africa. Cette visite visait à ouvrir le dossier des prisonniers, en s’appuyant sur la position de l’est libyen comme médiateur disposant de canaux de communication directs avec les mouvements armés actifs dans le nord du Mali, ainsi que sur ses liens militaires avec Moscou.
Awbari revêt une importance particulière dans ce dossier en raison de sa situation géographique dans le sud-ouest libyen et de ses réseaux tribaux, sociaux et commerciaux de longue date s’étendant vers le nord du Mali, le Niger et l’Algérie, tandis que Benghazi constitue le centre de décision politique et militaire du camp de Khalifa Haftar.
Si cette visite ne signifie pas en soi la formation d’une alliance formelle entre le Front et le commandement de l’est libyen, elle révèle l’existence d’un canal de communication actif, utilisé à tout le moins dans les négociations sur les prisonniers, et confère à Saddam Haftar un rôle qui dépasse les affaires intérieures libyennes pour s’étendre à des dossiers sécuritaires complexes au Sahel.
Contexte : la bataille de Tinzaouaten
Les deux Russes avaient été capturés lors des combats qui se sont déroulés entre le 25 et le 27 juillet 2024 près de Tinzaouaten, à la frontière entre le Mali et l’Algérie, opposant les mouvements de l’Azawad à l’armée malienne appuyée par des combattants du groupe Wagner. L’armée malienne et Wagner avaient alors reconnu de lourdes pertes sans en préciser le bilan, tandis que les mouvements de l’Azawad affirmaient avoir tué 84 combattants russes et 47 soldats maliens, et capturé sept membres des forces adverses — des chiffres qui n’ont pu être vérifiés de manière indépendante.
En août 2024, le porte-parole de la coalition de l’Azawad, Mohamed Elmaouloud Ramadane, avait confirmé l’existence de prisonniers russes et l’ouverture de son mouvement à d’éventuelles initiatives les concernant. Il avait ensuite réaffirmé en octobre que deux d’entre eux étaient toujours en vie, démentant des informations diffusées par Wagner faisant état du décès de l’un d’eux. Cette libération intervient alors que Moscou réorganise sa présence militaire en Afrique, transférant une grande partie des missions de Wagner à l’« Africa Corps », rattaché au ministère russe de la Défense.
Saddam Haftar, médiateur récurrent des dossiers sécuritaires du Sahel
Il ne s’agit pas de la première médiation menée par le camp Haftar en dehors des frontières libyennes. Reuters avait précédemment rapporté, citant plusieurs sources, que Saddam Haftar avait joué un rôle important dans la libération du missionnaire américain Kevin Ridout, enlevé au Niger puis transféré au Mali, où il était détenu par l’État islamique au Grand Sahara.
Les versions divergent quant aux modalités de sa libération : certaines sources évoquent une transaction contre rançon, tandis qu’une autre fait état d’une opération menée par des forces loyales à Haftar. Ce qui est établi, en revanche, c’est qu’il a été transféré à Benghazi après sa libération, avant d’être remis aux autorités compétentes. Les informations selon lesquelles 12 millions de dollars auraient été versés au groupe restent, elles, non confirmées par une source officielle, et l’identité de l’éventuel payeur demeure inconnue.
Pris ensemble, ces dossiers suggèrent que le sud et l’est de la Libye deviennent progressivement un corridor pour les médiations sécuritaires liées au Sahel, s’appuyant sur les relations existantes avec la Russie et sur d’anciens réseaux de communication avec les communautés et mouvements armés du nord du Mali et du Niger.
Une libération qui s’inscrit dans une vague plus large au Mali
La libération des deux otages russes coïncide avec une série de développements survenus au Mali en l’espace de quelques jours. Le 13 août, le Front de libération de l’Azawad a libéré 82 militaires maliens, parmi lesquels des malades et des blessés nécessitant des soins indisponibles en détention, invoquant des considérations humanitaires et le respect des règles relatives au traitement des prisonniers.
L’état-major malien, de son côté, a qualifié cet événement de « libération » résultant d’une planification et d’une mobilisation coordonnées, sans préciser si une opération militaire avait été menée ni révéler le lieu de remise des soldats ou les conditions de leur libération. Le porte-parole du Front, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a confirmé cette libération, précisant qu’environ 118 militaires maliens demeuraient détenus.
Le même jour, le président de transition Assimi Goïta a accordé une grâce présidentielle au ressortissant français Jean-Christian Bernard Vézilier, condamné à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Le gouvernement malien a précisé que cette grâce n’annule ni la condamnation ni les faits que la justice avait, selon lui, établis, et a ordonné l’expulsion immédiate de Vézilier du territoire malien. Il a également salué le rôle d’un « pays frère », non nommé officiellement, dont la médiation discrète a contribué à l’obtention de cette grâce.
Aucun élément ne permet à ce stade d’établir un lien direct entre ces différentes libérations, ni de les considérer comme les composantes d’un même accord régional. Elles témoignent néanmoins d’une activité inhabituelle des canaux de médiation en coulisses, dans une région où les lignes de communication secrètes se révèlent parfois plus efficaces que les relations diplomatiques affichées.







