L’Organisation mondiale de la santé affirme que l’endiguement de l’épidémie d’Ebola, qui progresse rapidement en République démocratique du Congo, demeure possible dans les trois prochains mois — à une condition non négociable : que le financement, le personnel médical et les capacités de terrain nécessaires soient réellement mobilisés. Cet avertissement intervient alors que l’épidémie s’étend à une sixième province et devient la deuxième plus meurtrière jamais enregistrée pour ce virus.
Thierno Balde, responsable de la gestion de l’incident pour l’OMS, a déclaré lors d’une conférence de presse par visioconférence depuis Bunia, dans l’est du pays, que les équipes de riposte peuvent encore rompre les chaînes de transmission si elles obtiennent les ressources nécessaires, malgré la poursuite de l’augmentation des cas et des décès semaine après semaine. « Si les ressources nécessaires sont disponibles, il est possible de maîtriser l’épidémie », a-t-il affirmé, ajoutant que la riposte sur le terrain commence à s’élargir, mais que dans plusieurs zones, la propagation du virus reste plus rapide que les efforts d’endiguement. Une phrase qui résume tout le paradoxe de cette réponse : les connaissances scientifiques pour arrêter Ebola existent, la vraie question est de savoir si elles peuvent être appliquées assez vite.
Plus de 5 000 cas confirmés
Le dernier bulletin hebdomadaire de l’OMS, fondé sur des données arrêtées au 16 août, fait état de 5 021 cas confirmés, dont 2 378 décès, répartis dans 55 zones sanitaires au sein de six provinces. Des données gouvernementales antérieures avaient évalué le nombre de décès à environ 2 325 — un écart qui reflète davantage des différences dans le calendrier de collecte des données et la mise à jour de la classification des cas qu’un réel désaccord sur l’ampleur de la crise, ce qui reste courant lors d’épidémies de cette taille et de cette complexité.
Avec ce bilan, l’épidémie actuelle est devenue la plus meurtrière de l’histoire de la RD Congo, dépassant celle de 2018-2020, qui avait fait environ 2 300 morts. Elle se classe désormais au deuxième rang mondial des épidémies d’Ebola les plus meurtrières, derrière celle d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 — un épisode resté gravé dans la mémoire des professionnels de santé publique comme un tournant dans la façon dont le monde répond à ce virus. Le taux de létalité brut parmi les cas confirmés a atteint 47,4 %, contre 45,9 % une semaine plus tôt seulement, un chiffre qui traduit à la fois la gravité de l’épidémie et la difficulté, pour de nombreux patients, d’accéder à temps aux soins médicaux.
Une sixième province touchée par l’épidémie
L’épidémie s’est désormais étendue à la province du Bas-Uélé, dans le nord-est du pays, après la confirmation d’un nouveau cas, portant à six le nombre de provinces touchées. L’OMS a enregistré, en une seule semaine, 640 cas confirmés supplémentaires et 367 décès — des chiffres qui traduisent la poursuite d’une transmission à grande échelle, en particulier dans l’est du pays, où les mouvements de population, le commerce et l’activité minière se superposent aux conflits armés et à un système de santé déjà fragile, désormais soumis à la pression supplémentaire de l’épidémie.
Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola enregistrée en RD Congo depuis la découverte du virus en 1976 — un chiffre qui souligne une amère ironie : un pays qui connaît pourtant bien cette maladie se retrouve confronté à l’une de ses flambées les plus violentes. Les autorités ont officiellement déclaré l’épidémie actuelle le 15 mai, après la détection d’une maladie inexpliquée à forte létalité dans la province de l’Ituri, avant que des analyses de laboratoire ne confirment qu’il s’agissait du virus Bundibugyo, l’une des souches rares responsables de la maladie à virus Ebola. Mais l’épidémie avait probablement commencé plusieurs semaines avant sa détection officielle — un délai qui lui a laissé un temps précieux pour se propager au sein de communautés déjà difficiles d’accès.
Des cas sans origine connue
L’un des obstacles les plus sérieux auxquels sont confrontées les équipes de riposte tient au fait qu’entre 70 et 80 % des nouveaux cas ne peuvent être rattachés à une chaîne de transmission connue, selon des responsables de la riposte sanitaire. Concrètement, cela signifie que les équipes de traçage restent incapables d’identifier l’origine de la plupart des cas, et que des personnes porteuses du virus peuvent circuler au sein des communautés avant d’être détectées et isolées — c’est précisément ce qui rend cette épidémie si difficile à maîtriser : les équipes suivent le virus au lieu de le devancer.
Les équipes de riposte doivent également composer avec des retards dans le signalement des cas, une fatigue croissante du personnel de surveillance épidémiologique après des mois d’engagement continu, et des difficultés d’accès à certaines zones en raison de l’activité de groupes armés, de routes dégradées et d’importants mouvements de population transfrontaliers. La situation est encore compliquée par l’absence de vaccin homologué ou de traitement spécifique approuvé contre le virus Bundibugyo, contrairement à la souche Zaïre, pour laquelle des vaccins et des traitements par anticorps existent déjà. La riposte actuelle repose donc principalement sur des outils plus anciens et plus classiques : la détection précoce, l’isolement des malades, le suivi des contacts pendant 21 jours, les inhumations sécurisées et une prise en charge de soutien intensive.
Un déficit de financement menace la riposte
L’OMS n’a jusqu’à présent mobilisé qu’environ 60 % des 115 millions de dollars nécessaires à son plan de riposte, laissant un déficit de financement avoisinant les 46 millions de dollars. L’organisation a averti que ce manque de moyens pourrait retarder le déploiement d’équipes supplémentaires, l’extension des capacités de laboratoire, la fourniture d’équipements de protection, la mise en place de centres de traitement et l’accès aux zones reculées — une question moins abstraite qu’elle n’y paraît, puisqu’il s’agit avant tout d’une contrainte logistique directe : chaque dollar qui tarde à arriver laisse davantage de temps au virus.
Pour tenter de suivre l’augmentation rapide du nombre de malades, environ 400 lits supplémentaires ont été ajoutés à la capacité des centres de traitement au cours des deux dernières semaines, tandis que l’organisation se prépare à déployer davantage d’épidémiologistes afin d’élargir la recherche des cas et le traçage des contacts.
Entre des chiffres lourds et des avertissements de plus en plus pressants, l’OMS s’accroche à une fenêtre d’espoir étroite mais bien réelle : les connaissances scientifiques nécessaires pour stopper Ebola existent et ont déjà fait leurs preuves. Mais leur succès ne repose pas uniquement sur la science : il dépend de la rapidité avec laquelle les malades peuvent être atteints, de la confiance des communautés locales envers les équipes de riposte, de la capacité du personnel de terrain à tenir malgré l’épuisement, et de l’arrivée des ressources avant que le virus ne reprenne, une nouvelle fois, de l’avance sur la riposte.







