Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a remporté un nouveau mandat après la victoire de son Parti de la Prospérité aux élections législatives, prolongeant ainsi son pouvoir dans un contexte marqué par une opposition affaiblie et divisée.
Cette victoire ouvre un nouveau chapitre pour un dirigeant dont l’image a profondément changé depuis son arrivée au pouvoir en 2018, lorsqu’il incarnait l’espoir de réformes démocratiques, d’ouverture politique et de réconciliation nationale.
D’officier du renseignement à Premier ministre
Issu de l’ethnie oromo, la plus importante du pays, Abiy Ahmed a servi dans les services de renseignement avant d’être élu député en 2010. À la suite d’importantes manifestations populaires, il est devenu Premier ministre en 2018 après la démission de son prédécesseur.
Le réformateur récompensé par le Nobel
Au début de son mandat, Abiy Ahmed a lancé une série de réformes majeures, libérant des prisonniers politiques, assouplissant les restrictions imposées aux médias et permettant le retour d’opposants en exil.
Son accord de paix historique avec l’Érythrée, mettant fin à près de vingt ans de tensions, lui a valu le Prix Nobel de la paix en 2019.
La guerre qui a bouleversé son image
Moins de deux ans plus tard, l’Éthiopie a plongé dans une guerre civile opposant le gouvernement fédéral au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
Ce conflit est devenu l’un des plus meurtriers qu’ait connus l’Afrique ces dernières décennies, faisant des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Des organisations internationales ont accusé les différentes parties d’avoir commis de graves violations des droits humains, accusations rejetées par Addis-Abeba, qui affirme avoir agi pour préserver l’unité nationale.
Pour de nombreux observateurs, cette guerre a profondément transformé l’image d’Abiy Ahmed, passé du statut de réformateur à celui d’un dirigeant s’appuyant davantage sur les institutions militaires et sécuritaires.
L’économie au cœur de la campagne
Pendant la campagne électorale, le Parti de la Prospérité a mis en avant les performances économiques du pays, soulignant l’amélioration de la sécurité alimentaire, les investissements dans les infrastructures et une croissance économique attendue d’environ 10 %, parmi les plus élevées du continent.
Des défis sécuritaires persistants
Malgré sa victoire, l’Éthiopie reste confrontée à d’importantes difficultés politiques et sécuritaires.
Les élections n’ont pas pu être organisées dans la région du Tigré en raison de la situation sécuritaire, tandis que les tensions persistent dans les régions d’Oromia et d’Amhara, où plusieurs groupes dénoncent leur marginalisation au sein du système fédéral.
Des tensions régionales toujours vives
Les déclarations répétées d’Abiy Ahmed sur le droit de l’Éthiopie à un accès à la mer Rouge ont ravivé les tensions avec l’Érythrée.
Par ailleurs, le protocole d’accord signé en 2024 avec le Somaliland concernant l’utilisation du port de Berbera a suscité une vive réaction de la Somalie, qui y voit une atteinte à sa souveraineté.
Un mandat sous haute pression
Les analystes estiment qu’Abiy Ahmed entame ce nouveau mandat dans un contexte bien plus complexe qu’en 2018. Si la croissance économique demeure un atout majeur de son gouvernement, la stabilité durable dépendra de sa capacité à apaiser les tensions ethniques, renforcer la réconciliation nationale et éviter un retour des conflits dans l’un des pays les plus stratégiques d’Afrique.







