L’est du Tchad fait face à une urgence sanitaire en rapide aggravation qui met sous pression un système humanitaire déjà fragile, alors qu’une double épidémie de méningite et de rougeole se propage parmi près de 1,3 million de réfugiés ayant fui le conflit en cours au Soudan voisin.
Des organisations médicales, dont Médecins Sans Frontières, ainsi que le ministère tchadien de la Santé, avertissent que la situation a atteint un point critique, la surpopulation, la malnutrition et les capacités limitées du système de santé accélérant la transmission et augmentant les taux de mortalité, en particulier chez les enfants.
La méningite est devenue l’aspect le plus mortel de la crise, les données de Médecins Sans Frontières entre mars et mi-avril montrant que près de 12 % des enfants infectés admis dans ses structures sont décédés, soit 25 morts sur 212 cas enregistrés.
Dans la ville frontalière d’Adré, principal point d’arrivée des réfugiés, les structures de santé sont débordées, la capacité d’accueil des patients atteints de méningite étant saturée, obligeant les équipes médicales à trier les cas et limitant leur capacité à traiter d’autres maladies.
Les cas ont fortement augmenté, passant de seulement 18 en janvier à plus de 100 à la mi-avril, illustrant la rapidité de propagation de la maladie dans des zones densément peuplées.
Dans le même temps, la rougeole se propage rapidement, notamment dans les sites informels où des milliers de nouveaux arrivants attendent d’être relocalisés, les cas passant de 16 en janvier à 371 en mars, avec 161 cas supplémentaires enregistrés au cours de la première moitié d’avril.
Les agents de santé signalent de graves complications chez les enfants infectés, notamment des pneumonies nécessitant une assistance urgente en oxygène et une hospitalisation, aggravées par un accès tardif aux soins et une immunité affaiblie.
Les agences humanitaires attribuent cette épidémie à une combinaison de facteurs structurels, plus de 918 000 réfugiés étant arrivés dans l’est du Tchad depuis le début du conflit au Soudan en 2023, ce qui a submergé les infrastructures locales dans des régions comme l’Ouaddaï, le Sila et le Wadi Fira.
Les taux de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans restent alarmants, réduisant leur résistance aux maladies infectieuses, tandis que la transmission transfrontalière se poursuit avec l’arrivée de familles en provenance de zones où les systèmes de santé se sont effondrés au Soudan.
Le système de santé tchadien est soumis à une forte pression, avec un seul médecin pour 18 000 personnes, bien en dessous du seuil minimum recommandé par l’Organisation mondiale de la santé.
Les acteurs humanitaires, dont le HCR et les autorités nationales, ont lancé des interventions d’urgence pour contenir l’épidémie.
Au cours des trois dernières semaines, environ 95 500 enfants ont été vaccinés contre la rougeole, tandis que plus de 337 800 personnes ont reçu des vaccins contre la méningite.
Cependant, des défis logistiques menacent ces efforts, Médecins Sans Frontières signalant des difficultés persistantes à maintenir la chaîne du froid des vaccins dans des conditions de chaleur désertique extrême.
Des efforts sont également en cours pour relocaliser les réfugiés des zones frontalières surpeuplées comme Adré vers des sites plus structurés tels que Zabout, mais l’arrivée continue de nouveaux réfugiés complique les stratégies de contrôle.
La situation humanitaire reste fragile, l’UNICEF ayant lancé un appel de 61,2 millions de dollars pour soutenir les interventions sanitaires d’urgence jusqu’à la fin de 2026, avertissant que sans financement urgent, la crise pourrait s’aggraver considérablement.
Les projections indiquent que la population de réfugiés au Tchad pourrait atteindre 1,48 million d’ici décembre, accentuant la pression sur des services déjà saturés.
Les agences d’aide soulignent que les campagnes de vaccination et les efforts de relocalisation sont essentiels mais doivent être rapidement intensifiés et soutenus par un financement international durable.
Les acteurs de terrain avertissent que la double épidémie n’est plus une menace imminente mais une urgence active en cours, susceptible d’augmenter fortement la mortalité et de déstabiliser la région.







