La guerre en Ukraine demeure dans une impasse militaire de haute intensité à l’approche de sa quatrième année, avec des pertes croissantes sur le champ de bataille et des efforts diplomatiques en mutation mettant en évidence le coût humain et géopolitique du conflit.
Dans une interview diffusée cette semaine sur France 2, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré qu’au moins 55 000 soldats ukrainiens ont été tués depuis le lancement de l’invasion russe à grande échelle en février 2022. Ce chiffre marque une hausse significative par rapport aux 46 000 morts évoqués début 2025 et reflète l’intensité persistante des combats, notamment sur le front oriental.
Zelensky a également indiqué qu’un « grand nombre » de militaires ukrainiens sont portés disparus, accentuant l’incertitude pour les familles et la pression sur les institutions militaires. Les pertes comprennent des soldats professionnels ainsi que des conscrits mobilisés au cours du conflit.
Divergences croissantes sur le dialogue avec Moscou
Les déclarations de Zelensky mettent en lumière un écart stratégique grandissant entre Kyiv et certains partenaires européens, en particulier la France, quant à la manière d’aborder Moscou.
Le président français Emmanuel Macron a confirmé que des préparatifs sont en cours pour reprendre un dialogue direct avec le président russe Vladimir Poutine, estimant que l’Europe doit disposer de ses propres canaux diplomatiques, indépendamment des initiatives menées par les États-Unis. Dans ce cadre, le conseiller diplomatique Emmanuel Bonne s’est entretenu à Moscou le 3 février avec de hauts responsables russes, dont l’assistant présidentiel Iouri Ouchakov.
Zelensky a réagi avec prudence, avertissant que Poutine cherche à « humilier l’Europe ». Il a estimé que les démocraties européennes ne sont pas préparées à faire face à un dirigeant russe qui, selon lui, « ne respecte pas les règles de la guerre ».
Le président ukrainien a également souligné que Moscou semble davantage craindre Washington que les capitales européennes, notant que Poutine respecte l’influence du président américain Donald Trump mais n’a « pas peur des Européens ».
Des discussions à Abou Dhabi aux résultats limités
Alors que Zelensky s’exprimait dans les médias français, des discussions techniques réunissant l’Ukraine, la Russie et les États-Unis se tenaient aux Émirats arabes unis. Les délégations se sont rencontrées à Abou Dhabi les 4 et 5 février dans le cadre de pourparlers trilatéraux axés sur des questions pratiques.
La délégation ukrainienne était dirigée par le ministre de la Défense Roustem Oumerov, tandis que la délégation américaine comprenait l’envoyé spécial Steve Witkoff et l’ancien conseiller présidentiel Jared Kushner. Les responsables ukrainiens ont qualifié la première journée de discussions de « substantielle », évoquant des avancées sur les échanges de prisonniers et d’éventuelles mesures de désescalade limitée.
Les divergences demeurent profondes. La Russie continue d’exiger la cession complète du Donbass, une condition rejetée par Kyiv. Les négociateurs ukrainiens proposent plutôt de geler le conflit le long des lignes actuelles, excluant toute concession territoriale.
Des évaluations militaires couvrant la période du 6 janvier au 3 février indiquent que les forces russes ont gagné environ 123 miles carrés. Les attaques contre les infrastructures énergétiques ont repris après une courte pause fin janvier. Les pertes civiles continuent d’augmenter, avec environ 70 morts signalés en Russie depuis le début de 2026 et des chiffres nettement plus élevés en Ukraine.
Le Kremlin n’a signalé aucun changement immédiat de stratégie. Le porte-parole présidentiel Dmitri Peskov a déclaré que les opérations militaires se poursuivraient jusqu’à la réalisation des objectifs russes.
Un conflit sans issue proche
Les chiffres actualisés des pertes et la reprise des manœuvres diplomatiques soulignent la réalité à laquelle font face l’Ukraine et ses alliés : les canaux de négociation restent ouverts, mais l’écart entre les positions demeure profond et les combats se poursuivent sans relâche.
Alors que l’Europe s’interroge sur son rôle et que Washington conserve son influence, le coût humain continue de s’alourdir, inscrivant la guerre en Ukraine parmi les crises sécuritaires majeures de la décennie.







