Le contrôle des mines d’or et des routes commerciales procure aux groupes armés du Sahel et d’Afrique de l’Ouest des ressources leur permettant de poursuivre les combats et d’étendre leur influence, sans nécessairement extraire eux-mêmes le métal, selon une étude du chercheur nigérian Hakeem Alade Najimdeen, publiée par le Centre d’études d’Al Jazeera.
Dans cette étude intitulée « Cartographie de l’économie de guerre en Afrique de l’Ouest et au Sahel : or, contrebande et armes », Najimdeen, spécialiste des questions éducatives s’intéressant aux affaires africaines, analyse les liens entre l’exploitation minière artisanale, les réseaux de contrebande et le commerce des armes, ainsi que leur rôle dans la prolongation des conflits et l’affaiblissement de l’autorité de l’État.
Le chercheur décrit une relation dans laquelle ressources économiques et puissance armée se renforcent mutuellement : les revenus de l’or servent à acheter des armes, les armes permettent de sécuriser les itinéraires de contrebande, et ces itinéraires facilitent le transport et la commercialisation du métal au-delà des zones d’extraction.
Des prélèvements sur les mineurs et les commerçants
Selon Najimdeen, le financement des groupes armés ne repose pas nécessairement sur leur participation directe à l’extraction de l’or. Il passe également par l’imposition de taxes et de prélèvements forcés aux mineurs, aux exploitants d’équipements et aux commerçants présents dans leurs zones d’influence.
Ce modèle leur permet de percevoir des revenus à plusieurs étapes de la production et du commerce, tout en laissant aux travailleurs locaux les coûts et les risques de l’extraction.
Le chercheur relie l’expansion de ces pratiques à la faible présence de l’État dans les zones reculées. Les groupes armés y exploitent les failles sécuritaires et les frustrations locales pour s’implanter dans les communautés minières. Certains sites d’extraction deviennent également, selon lui, des centres de ravitaillement et des bases opérationnelles, associant valeur économique et intérêt militaire.
Des zones de conflit aux marchés commerciaux
L’étude examine les mécanismes permettant de dissimuler l’origine de l’or extrait dans les zones de conflit au fil de son passage dans des circuits commerciaux transfrontaliers.
S’appuyant sur les travaux de l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale, l’auteur relève que la hausse des cours de l’or renforce les incitations aux activités illicites. L’or des conflits peut accéder aux marchés formels en étant mélangé à d’autres approvisionnements ou faussement déclaré comme de l’or recyclé.
Najimdeen estime que la multiplication des intermédiaires et des étapes de commercialisation complique la traçabilité du métal. Elle permet ainsi de transformer les ressources locales en revenus contribuant à l’achat d’armes et d’équipements et à la poursuite des opérations armées.
Ces risques concernent l’exploitation des chaînes d’approvisionnement. L’activité minière artisanale ou le commerce informel ne constituent pas, en eux-mêmes, la preuve d’un lien avec des groupes armés.
Les routes commerciales comme instruments d’influence
Le chercheur élargit son analyse aux corridors de contrebande transsahariens, où le commerce de l’or croise les flux de carburant, de cigarettes et de drogues, ainsi que le trafic illicite de migrants.
Selon l’étude, les groupes armés et les réseaux criminels tirent parti d’anciens itinéraires commerciaux et de la faiblesse des contrôles frontaliers pour faciliter la circulation des marchandises, des combattants et des équipements.
L’importance de ces corridors dépasse les seuls revenus qu’ils génèrent. Najimdeen explique que le contrôle des voies d’approvisionnement permet aux groupes armés de faire pression sur les villes et les autorités en interceptant les convois et en perturbant les livraisons.
Il présente le blocus des approvisionnements en carburant au Mali comme un exemple de transformation du contrôle commercial en instrument de pression militaire et économique, avec des conséquences pour les habitants, les activités productives et les services publics.
Une réponse au-delà des opérations militaires
Najimdeen considère que l’imbrication des ressources, de la contrebande et des armes aggrave les déplacements de population et la pauvreté et érode la souveraineté. Les groupes armés peuvent en effet renouveler leurs sources de financement malgré la poursuite des campagnes militaires à leur encontre.
Les populations dépendantes de l’exploitation minière et du commerce subissent, quant à elles, des pressions cumulées : prélèvements forcés, insécurité et risque de perdre leurs moyens de subsistance en raison des combats ou du blocage des routes.
L’étude préconise de formaliser l’exploitation minière artisanale, de renforcer la traçabilité de l’or et le contrôle de ses chaînes d’approvisionnement, et de proposer des alternatives économiques aux populations, parallèlement aux mesures sécuritaires.
Le chercheur conclut qu’affaiblir les groupes armés exige d’agir sur leurs sources de revenus tout en préservant les moyens de subsistance des communautés locales. Le rétablissement de la sécurité dépend aussi de la capacité à empêcher que l’activité économique serve à financer et à perpétuer la guerre.







