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De gardien de but à prétendant au trône de Tooro : l’histoire d’un roi qui n’a jamais été couronné

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Des médias internationaux avaient annoncé la désignation de George Desmond Kamurasi comme roi, au terme d’un parcours allant des terrains de football londoniens à la prison, puis à la rédemption. Une annonce ultérieure a toutefois désigné un journaliste de la télévision ougandaise comme nouveau monarque, transformant cette accession inattendue en conflit ouvert autour de la succession royale.

L’histoire semblait écrite pour le cinéma : le gardien et capitaine d’une modeste équipe anglaise se réveille et apprend qu’il a été choisi pour diriger un royaume traditionnel de l’ouest de l’Ouganda.

L’homme au centre du récit est George Desmond Kamurasi, un Britannico-Ougandais de 36 ans, gardien et capitaine du SE Dons, un club évoluant dans les divisions inférieures du football anglais.

Selon plusieurs médias, un comité royal de 21 membres s’est réuni après la mort du roi de Tooro, Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV. Dix-huit membres auraient participé au scrutin et 15 d’entre eux auraient voté pour Kamurasi.

Mais avant que les gants du gardien ne soient remplacés par une couronne, l’histoire a pris une nouvelle direction.

Un comité de dirigeants de la famille royale Babiito a annoncé, au palais de Fort Portal, avoir choisi le prince Edward Rukidi Kijanangoma, présentateur et rédacteur à la Uganda Broadcasting Corporation, comme nouveau roi de Tooro.

Reuters et Associated Press ont toutes deux rapporté cette annonce, faisant de la succession un processus contesté plutôt qu’un transfert de pouvoir définitivement acquis à Kamurasi.

Deux annonces pour un seul trône

L’histoire de Kamurasi a commencé lorsque des médias britanniques et espagnols ont affirmé qu’un comité de succession royal l’avait désigné comme futur Omukama, le titre traditionnel porté par le roi de Tooro.

Selon ces articles, il aurait obtenu 15 voix parmi les 18 membres présents à une réunion du comité, qui en compte 21. Les mêmes sources précisaient toutefois que Kamurasi n’avait pas publiquement accepté la fonction et qu’il hésitait à quitter la Grande-Bretagne, où il vit avec son épouse et leur fils.

L’annonce ultérieure faite à Fort Portal a attribué le titre à Edward Kijanangoma, cousin du défunt roi et journaliste au sein de la télévision publique ougandaise.

Cette décision n’a pas mis fin à la controverse. La reine mère Best Kemigisa et la sœur du défunt souverain, la princesse Ruth Komuntale, ont contesté la procédure de succession.

Des membres de la famille royale ont affirmé que le roi Oyo avait laissé un testament désignant un héritier. Le président ougandais Yoweri Museveni a, de son côté, évoqué l’existence d’un enfant du monarque décédé qui pourrait également revendiquer le trône.

La succession de Tooro se retrouve ainsi entourée de trois versions concurrentes : la désignation rapportée de Kamurasi, l’annonce du palais en faveur de Kijanangoma et l’existence présumée d’un héritier choisi par le roi défunt.

Un royaume culturel, pas un État indépendant

Le royaume de Tooro se situe dans l’ouest de l’Ouganda, près de la frontière avec la République démocratique du Congo. Il fait partie des royaumes traditionnels qui conservent une influence culturelle et sociale importante, mais il ne constitue pas un État indépendant et son roi n’exerce aucun pouvoir exécutif sur les institutions ougandaises.

L’Ouganda est une république constitutionnelle dirigée par un président élu. Les souverains traditionnels assument des fonctions symboliques, culturelles et sociales, sans exercer de pouvoir politique national.

Les estimations concernant la population de Tooro varient également. Certains médias évoquent environ 800 000 personnes, tandis que d’autres avancent plus de deux millions lorsqu’ils parlent de l’influence culturelle et sociale élargie du royaume. Aucun de ces chiffres ne devrait donc être présenté comme un recensement officiel définitif.

La mort du « roi enfant »

La succession s’est ouverte après la mort du roi Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV, survenue aux États-Unis le 27 août 2026. Âgé de 34 ans, il y suivait un traitement contre le cancer.

Oyo avait accédé au trône en 1995 après la mort de son père. Il n’avait alors que trois ans et avait été reconnu par le Guinness World Records comme le plus jeune monarque régnant au monde.

Malgré le caractère non politique de sa fonction, il était devenu au cours de ses trois décennies de règne une personnalité très connue en Ouganda. Il s’était notamment engagé dans des initiatives en faveur de l’éducation, de la jeunesse, de la santé et de la lutte contre le VIH-sida.

Son corps a été rapatrié en Ouganda en vue de son inhumation, prévue le 12 septembre dans les tombes royales de Fort Portal, en présence attendue de dizaines de milliers de personnes.

De la prison au brassard de capitaine

Kamurasi possède la nationalité britannique et appartient à la famille royale Babiito. Il est le fils du prince George Desmond « Jimmy » Mugenyi et le petit-fils du roi George Rukidi III, qui régna sur Tooro au XXe siècle.

Sa vie en Grande-Bretagne s’est cependant déroulée loin des cérémonies royales.

Kamurasi a raconté avoir traversé une période difficile après la mort de sa mère lorsqu’il avait 14 ans. Selon lui, le deuil et la colère l’ont conduit vers de mauvaises fréquentations et des décisions qui lui ont finalement valu un séjour en prison.

Revenant sur cette période, il a expliqué avoir compris derrière les barreaux que sa situation résultait de ses propres choix. Il aurait alors décidé d’en assumer la responsabilité et de reconstruire sa vie.

Le football est devenu l’un des instruments de cette transformation.

Kamurasi évolue comme gardien de but et capitaine du SE Dons, un club des divisions inférieures anglaises qui s’est constitué un public important sur les réseaux sociaux. Il a également travaillé comme entraîneur de football dans une école primaire de Londres.

Surnommé « Big G », il est connu au sein de son équipe pour son tempérament affirmé et ses discours passionnés avant les rencontres. Certains de ses partisans ont vu dans ces qualités la preuve qu’il pourrait assumer un rôle culturel plus large.

A-t-il joué pour le FC Barcelone ?

Kamurasi affirme avoir été repéré très jeune par la Nike Academy et que son parcours l’a conduit à jouer à Barcelone sous le regard de Pep Guardiola.

Cette information repose sur son propre témoignage, repris par plusieurs médias. Aucun document officiel largement accessible ne démontre toutefois qu’il a représenté l’équipe première du FC Barcelone ou qu’il y a été enregistré comme joueur professionnel.

La formulation la plus exacte consiste donc à dire que Kamurasi a évoqué une expérience footballistique à Barcelone observée par Guardiola, et non qu’il a joué dans l’équipe première sous les ordres de l’entraîneur espagnol.

Kamurasi continuait à jouer au football pendant que la controverse royale prenait de l’ampleur. Il a récemment participé à une victoire 2-0 du SE Dons, alors que les médias s’interrogeaient sur son éventuel départ de Londres et son installation en Ouganda.

Le gardien qui n’est pas encore devenu roi

Le premier récit laissait entendre que Kamurasi était passé, en quelques heures, du capitanat d’une équipe des divisions inférieures à la responsabilité de représenter tout un peuple.

Les développements ultérieurs ont rendu cette présentation bien plus complexe.

Kamurasi n’est pas, à ce stade, le roi couronné de Tooro. Il est un prince de la famille royale dont le nom est apparu dans des informations faisant état d’une première désignation, ou d’un choix contesté, avant qu’un comité réuni au palais n’annonce Edward Kijanangoma comme nouveau monarque.

Avec la contestation de la reine mère et de la sœur du souverain défunt, ainsi que les affirmations relatives à un testament et à l’existence éventuelle d’un enfant héritier, la question principale n’est plus de savoir si Kamurasi choisira le football ou le trône. Elle est désormais de déterminer qui possède réellement le pouvoir de choisir le roi.

Le parcours de Kamurasi ne l’a donc pas encore conduit du terrain au palais de la manière spectaculaire décrite par les premiers articles. Le gardien se retrouve plutôt, à distance, au centre de l’un des conflits de succession les plus complexes de l’histoire moderne de Tooro.

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