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Afrique du l’Ouest et Sahel

Mali : les deux visages touaregs de la junte

Entre propagande médiatique, accusations de crimes contre les civils et montée de la menace djihadiste, le régime militaire d’Assimi Goïta tente de sauver son image à travers des figures touarègues envoyées au front de la communication politique.

Au moment où le Mali traverse l’une des séquences les plus critiques de son histoire récente, la bataille ne se joue plus seulement sur les terrains militaires du Nord ou dans les zones de blocus imposées par les groupes djihadistes. Elle se joue aussi dans les médias, sur les tribunes internationales et au sein de la diaspora. Face à l’effritement de son autorité et à la multiplication des revers sécuritaires et politiques, la junte militaire dirigée par Assimi Goïta semble avoir engagé une nouvelle offensive : celle de la communication.

Ce matin encore, sur les antennes de Radio France Internationale, Moussa Ag Acharatoumane, membre de l’organe législatif mis en place par les militaires au pouvoir, affirmait que « les Maliens aiment leur armée et leur pouvoir ». Une déclaration qui intervient dans un contexte explosif, marqué par des accusations d’enlèvements politiques, de répression contre les opposants et d’aggravation du conflit au Nord comme au Centre du pays.

Un jour plus tôt, la famille de Mountaga Tall annonçait son intention d’engager des poursuites judiciaires contre des éléments de la junte, accusés d’avoir enlevé l’ancien ministre et figure politique malienne. Pour de nombreux observateurs, cet épisode illustre un durcissement autoritaire du régime militaire et une volonté d’étouffer les voix critiques à l’intérieur du pays.

Dans ce climat de tensions, le rôle de Moussa Ag Acharatoumane apparaît, aux yeux des détracteurs du pouvoir, comme celui d’un relais politique chargé de défendre un régime contesté. Ses interventions médiatiques seraient destinées à masquer l’échec sécuritaire et politique d’une junte qui peine à reprendre le contrôle du territoire malien malgré les discours de souveraineté et de refondation.

Cette stratégie de communication se serait accentuée après la mort récente de l’un des hommes forts du régime, Sadio Camara. Selon plusieurs critiques du pouvoir, les autorités de transition auraient alors multiplié les mises en scène de soutien populaire, notamment à travers des déclarations publiques attribuées à certaines personnalités touarègues et arabes proches du régime.

Dans cette logique, Mossa Ag Attaher aurait été mobilisé à son tour pour porter la parole du régime auprès de la diaspora malienne et jusque dans certaines tribunes internationales, y compris aux Nations unies. Une image qui contraste fortement avec le passé politique de l’ancien cadre du Mouvement national de libération de l’Azawad, connu pour avoir lu, le 6 avril 2012, la déclaration d’indépendance de l’Azawad.

Pour les partisans de la rébellion indépendantiste, cette évolution symbolise le basculement d’anciens acteurs de la cause azawadienne vers une défense ouverte du pouvoir militaire de Bamako. Une posture vécue comme une trahison par une partie des populations touarègues et arabes du Nord-Mali.

Pourtant, rappellent plusieurs acteurs politiques sahéliens, un accord de paix avait été signé en mai et juin 2015 entre l’État malien et les mouvements armés du Nord, composés notamment de groupes touaregs, arabes, songhaïs et peuls réunis sous l’appellation d’Azawad. Cet accord, issu du processus d’Alger, représentait alors l’un des principaux espoirs de stabilisation du Mali après la crise de 2012.

Mais l’arrivée au pouvoir des militaires, à la suite des coups d’État d’août 2020 puis de mai 2021, a profondément bouleversé cet équilibre fragile. Les autorités de transition ont progressivement rompu avec plusieurs engagements du processus de paix, jusqu’à la reprise ouverte des hostilités avec les mouvements armés du Nord.

L’intervention des mercenaires russes du groupe Wagner Group aux côtés des forces armées maliennes a encore aggravé les fractures. Dans les régions de Tombouctou, Gao, Kidal et Taoudénit, des organisations locales et des acteurs communautaires accusent les forces maliennes et leurs partenaires russes d’avoir commis de graves exactions contre des civils touaregs, arabes et peuls. Des accusations systématiquement rejetées ou minimisées par les autorités de Bamako.

Après quatre mois de combats acharnés contre les mouvements indépendantistes, les forces maliennes soutenues par les Russes avaient repris les villes stratégiques de Ber et de Kidal entre septembre et novembre 2023. Mais la situation militaire a de nouveau basculé. Le 25 avril 2026, selon plusieurs informations d’évidences factuelles documentées par des médias crédibles de sources locales, les mouvements armés arabo-touaregs du Front de libération de l’Azawad, ont repris le contrôle de Kidal et de Tessalit, infligeant un nouveau revers symbolique et stratégique à la junte.

Depuis, les critiques du régime accusent les autorités de chercher à redorer leur image à travers une communication intensive impliquant certaines figures touarègues proches du pouvoir. Pour eux, Moussa Ag Acharatoumane et Mossa Ag Attaher seraient devenus les deux principaux visages médiatiques d’un régime qu’ils qualifient d’illégal et d’illégitime.

Pendant ce temps, la menace djihadiste continue de s’étendre vers le Sud du Mali. Le JNIM accentue sa pression autour de Bamako. Le 9 mai dernier, plusieurs camions et bus ont été incendiés sur les axes Bamako-Bougouni et Kita-Kéniéba, alimentant un climat de peur et d’asphyxie économique autour de la capitale malienne.

Dans ce contexte déjà explosif, les propos attribués à Bina Diarra ont provoqué une onde de choc supplémentaire. Selon des sources relayées sur des canaux de communication liés au JNIM, il aurait menacé les communicants et soutiens de la junte militaire, tout en donnant un ultimatum d’un mois à Assimi Goïta et à ses proches pour quitter le pouvoir.

Au-delà des affrontements militaires et des rivalités politiques, une fracture morale semble désormais traverser une partie des communautés du Nord. Pour de nombreux militants et acteurs de l’Azawad, les figures touarègues engagées auprès du pouvoir militaire auraient abandonné la dénonciation des violences commises contre les civils pour devenir les porte-voix d’un régime accusé de répression et d’exactions.

Dans cette guerre des récits qui accompagne désormais la guerre sur le terrain, l’histoire retiendra peut-être qu’au moment où le Mali s’enfonçait dans une crise multidimensionnelle, deux hommes issus du monde touareg auront incarné, chacun à leur manière, la défense médiatique d’un pouvoir militaire contesté : l’un dans les médias, l’autre auprès de la diaspora et des tribunes internationales.

Par Mohamed AG Ahmedou

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