Dans l’Azawad connu sous l’appellation « nord du Mali », la reprise du camp militaire d’Amachach, situé à Tessalite plus de 1600 km de Bamako, par des groupes armés de l’Azawad s’accompagne d’allégations troublantes sur la découverte de fosses communes. Entre accusations graves, absence de vérification indépendante et mémoire de précédents macabres, la région replonge dans une zone grise où la vérité peine à émerger.
Les 2 et 3 mai 2026, une série d’informations relayées par diverses sources locales et sécuritaires a ravivé les inquiétudes autour de la situation dans la région de Tessalite, au nord du Mali. À la suite de la prise de contrôle du camp militaire d’Amachach par des groupes armés de l’Azawad, des témoignages évoquent la découverte de fosses communes contenant plusieurs corps, situées à l’intérieur ou à proximité immédiate de l’emprise militaire.
Selon ces sources, cette découverte serait intervenue peu après le retrait des Forces armées maliennes, accompagnées d’éléments russes affiliés à l’Africa Corps. Les premières indications, encore fragmentaires, suggèrent que des civils auraient été conduits vers cette base avant d’y être exécutés. Toutefois, à ce stade, aucune mission indépendante n’a confirmé ces allégations, et aucun bilan officiel n’a été communiqué.
Cette absence de vérification alimente un climat d’incertitude, mais aussi de suspicion. Dans une région marquée par des cycles répétés de violences, les récits de charniers résonnent avec une mémoire récente. Plusieurs observateurs rappellent notamment les événements survenus à Douentza en 2023, où la présence de corps autour du camp militaire aurait contraint, selon des sources sécuritaires, à son déplacement en raison des conditions sanitaires devenues intenables.
Au fil des années, les accusations visant les forces engagées dans la lutte antiterroriste, notamment les supplétifs étrangers, se sont multipliées. Des organisations de défense des droits humains, ainsi que des témoins locaux, ont à plusieurs reprises dénoncé des exactions contre des populations civiles dans les régions du centre et du nord du pays : exécutions sommaires, destructions de biens, pillages. Dans ce contexte, les allégations actuelles, bien que non vérifiées, s’inscrivent dans une continuité inquiétante.
Pour les populations touarègues et arabes de l’Azawad, ces récits ravivent un sentiment d’abandon et de vulnérabilité. Plusieurs voix appellent désormais le Front de libération de l’Azawad (FLA) à faciliter l’accès à la zone pour des observateurs internationaux, des médias indépendants et des experts médico-légaux. L’objectif : documenter les faits, établir la vérité et, le cas échéant, engager des mécanismes de responsabilité.
Mais au-delà des responsabilités immédiates, c’est la question plus large de l’opacité du conflit malien qui se pose une nouvelle fois. Depuis le retrait des missions internationales et la recomposition des alliances sécuritaires, les zones de combat échappent de plus en plus au regard extérieur. Dans ces espaces clos, les récits s’opposent, les preuves se raréfient et les civils deviennent les premières victimes d’une guerre sans témoins.
Si les faits évoqués à Tessalite venaient à être confirmés, ils pourraient constituer un tournant majeur dans la perception internationale du conflit. À l’heure où les équilibres régionaux restent fragiles, la mise en lumière de telles pratiques renforcerait les appels à une réévaluation des stratégies sécuritaires en cours au Sahel.
Dans l’immédiat, la prudence s’impose. Mais une certitude demeure , sans enquête indépendante, sans accès au terrain et sans volonté politique de transparence, la vérité continuera de se dérober, au risque d’enraciner davantage la défiance et la fracture entre les populations locales et les forces censées les protéger.
La situation, elle, reste profondément évolutive.
Par Mohamed AG Ahmedou







