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Afrique du l’Ouest et Sahel

Mali : la spirale des représailles et l’ombre d’un effondrement sécuritaire

À la suite d’attaques coordonnées du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), des violences d’une extrême brutalité ont visé des civils à Kati, Bamako et l’aéroport Sénou. Entre lynchages, exécutions sommaires et accusations d’implication de militaires en civil, le Mali semble replonger dans ses démons, sur fond d’avancée jihadiste et de paralysie du pouvoir militaire.

Une vague de violences qui rappelle les heures les plus sombres:

Quelques heures après les attaques menées le 25 avril contre des positions militaires de la junte, attribuées au JNIM, la ville garnison de Kati, ainsi que Bamako et Ségou, ont basculé dans une violence incontrôlée.

Des scènes filmées et relayées sur les réseaux sociaux montrent des corps traînés dans les rues, mutilés, parfois brûlés vifs ou décapités à l’arme blanche. Les victimes, selon plusieurs témoignages concordants, appartiendraient majoritairement aux communautés peules, touarègues et arabes, des groupes déjà régulièrement pris pour cibles dans le contexte du conflit malien.

Au cœur de ces violences : des foules en colère, mais aussi, selon des sources locales, des hommes armés en tenue civile, identifiés comme des éléments des forces armées maliennes. Une confusion volontairement entretenue, qui brouille la frontière entre représailles populaires et opérations officieuses.

La logique des représailles, un schéma récurrent:

Ce cycle n’est pas inédit. Déjà en 2012, au lendemain du coup d’État militaire, des exactions similaires avaient été commises à Kati contre des civils touaregs. Des domiciles avaient été saccagés, notamment ceux du docteur Elmehdi Ag Hamahadi et de l’ancienne ministre Zakiyatou Walet Haletine.
Malgré les engagements pris après les Accords d’Alger, ces victimes n’ont jamais été indemnisées, nourrissant un sentiment durable d’impunité et d’abandon.
Aujourd’hui encore, la mécanique semble identique : à chaque revers militaire, une partie des forces armées, parfois mêlée à des civils mobilisés, s’en prend aux populations perçues comme proches ou supposées proches des groupes jihadistes.

Une armée sous pression, entre déni et fragmentation:

Les attaques du 25 avril auraient causé des pertes importantes au sein de l’armée malienne, dont celle qui a tué le général de corps d’armée autoproclamé Sadio Camara, selon certaines sources locales. Dans ce contexte, l’appel du chef d’état-major général, le général de division, Oumar Diarra, à mettre fin aux violences contre les civils apparaît en décalage avec la réalité décrite sur le terrain.
Car la question centrale demeure : comment expliquer que des hommes armés, identifiés comme militaires, participent à ces exactions avant que l’institution ne condamne publiquement ces mêmes actes ?
Ce double discours alimente une crise de confiance profonde entre l’État et une partie de sa population.
Retraits militaires et exactions dans le nord
Dans le nord du pays, la situation n’est guère plus rassurante. Le 27 avril, des éléments des forces armées maliennes et leurs partenaires du Africa Corps auraient abandonné leurs positions dans la ville de Ber pour se replier vers Tombouctou.

Sur leur trajet, les corps sans vies deux civils touaregs identifies par les noms Mohamed AG AZIMA et son neveu Alatek AG ITAHA, ont été découverts criblés par balles, à Boureminali, localité située près du fleuve Niger, non loin du village de Handibomo,, non loin de la ville de Tombouctou, ce mercredi 29 Avril. Ces faits, sont confirmés par plusieurs personnes dont les proches de ces victimes et s’inscrivent dans une longue série d’accusations d’exactions visant les forces maliennes et leurs alliés russes.

Bamako sous pression jihadiste:

Pendant ce temps, la menace jihadiste se rapproche dangereusement de la capitale. Un blocus de Bamako aurait été annoncé par un responsable du JNIM dans le sud du pays, Bina Diarra, alias Abou Houzeyfa Al Bambaari.
Le 30 avril, une attaque contre le camp de gendarmerie de Fana est venue confirmer cette montée en puissance. Plusieurs axes routiers menant à la capitale seraient désormais sous contrôle ou sous pression de groupes armés, immobilisant de nombreux véhicules et accentuant le sentiment d’encerclement.
Dans ce contexte, des pays étrangers, dont France, ont appelé leurs ressortissants à quitter le Mali de toute urgence, un signal rare, révélateur d’une inquiétude croissante.

Un pouvoir militaire accusé d’inaction:

À la tête du pays depuis le coup d’État de 2021, l’auto proclamé Assimi Goïta est aujourd’hui accusé par ses détracteurs d’inaction face à la dégradation rapide de la situation sécuritaire.
Entre l’expansion territoriale du JNIM, les replis successifs de l’armée et les violences contre les civils, le pouvoir de transition semble pris dans une impasse stratégique.

Vers un point de rupture ?

Le Mali apparaît aujourd’hui au bord d’un basculement. La multiplication des attaques jihadistes, la fragilisation de l’appareil militaire et les violences intercommunautaires alimentent un climat de peur et de fragmentation.

Au-delà des affrontements, c’est la cohésion même de la société malienne qui vacille. Et une question, désormais, s’impose : l’État peut-il encore protéger tous ses citoyens, ou est-il en train de devenir un acteur parmi d’autres dans une guerre qui lui échappe ?

Par Mohamed AG Ahmedou

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