Bamako — La pénurie de carburant au Mali a dépassé le simple cadre d’une difficulté économique pour devenir une bataille stratégique visant l’un des piliers essentiels du pays : l’éducation. En paralysant les moyens de transport et en perturbant l’approvisionnement énergétique, la crise place écoles et universités au cœur d’un affrontement plus large qui cherche à affaiblir l’autorité de l’État en privant les jeunes de leur droit à l’apprentissage.
Ces dernières semaines, de nombreux établissements scolaires et universitaires ont été contraints de fermer leurs portes pendant une longue période. Le blocage quasi total des transports publics et privés a empêché enseignants et étudiants d’accéder à leurs lieux d’étude. Les coupures fréquentes d’électricité ont dégradé davantage les conditions d’enseignement, rendant inopérantes les bibliothèques numériques, les laboratoires et les services pédagogiques essentiels.
Même si une reprise partielle des cours est observée à Bamako, cette “retour” reste difficile et excluant. L’explosion des prix du carburant sur le marché noir a fait flamber les coûts de transport, mettant les familles à faibles revenus face à un choix impossible : financer la scolarité de leurs enfants ou satisfaire les besoins essentiels du foyer. Faire le trajet vers l’école est devenu une épreuve quotidienne.
Hors de Bamako, la situation est encore plus dramatique. Dans les zones où les axes routiers sont exposés aux attaques armées, de nombreux transporteurs ont cessé toute activité. Les étudiants des villes et villages périphériques se voient contraints de renoncer à leur éducation pour préserver leur sécurité. Si les amphithéâtres ont rouvert, ils sonnent creux : une preuve tangible d’un système éducatif fragilisé.
Les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. Les agences onusiennes soulignent un risque imminent pour les hôpitaux et les infrastructures hydrauliques, tandis que l’Africa CDC prévient que la crise entravera la surveillance épidémiologique et la gestion d’éventuelles flambées sanitaires. L’éducation et la santé sont désormais conjointement menacées.
Les experts sécuritaires décrivent un changement tactique majeur de la part des groupes armés, en particulier la JNIM et la Katiba Macina : plutôt que de conquérir les villes, ils préfèrent étouffer l’État en asphyxiant son économie et en paralysant ses services publics. En s’attaquant à la chaîne d’approvisionnement du carburant, ils visent à plonger la population dans le mécontentement et à affaiblir la légitimité du pouvoir en place.
Parallèlement, l’intervention des partenaires sécuritaires russes n’a pas offert la protection attendue des axes stratégiques. La propagation de l’insécurité vers le sud densément peuplé alimente la défiance et isole davantage Bamako sur le plan régional, notamment après son retrait de la CEDEAO.
L’éducation apparaît ainsi comme la première victime symbolique de cette stratégie de strangulation. Chaque journée perdue éloigne un peu plus les élèves de leur avenir, accentue les risques de décrochage scolaire et creuse les inégalités entre capital et régions.
Au Mali, l’attaque contre le carburant est, dans les faits, une attaque contre l’école. Si les autorités ne parviennent pas à stabiliser rapidement l’accès à l’énergie et au transport, le pays pourrait voir s’envoler non seulement une année scolaire, mais l’avenir même de toute une génération.







