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OPINION

Le Conseil militaire entre le refus de l’islamisation de l’État et l’exploitation de l’islam du peuple

Sous l’ombre du régime militaire qui plane sur le Niger depuis le coup d’État de juillet 2023, un paradoxe flagrant se manifeste dans les politiques du Conseil militaire dirigé par le général Abdourahamane Tchiani. Ce dernier rejette l’islamisation de l’État en tant que cadre de gouvernance global, tout en exploitant l’islam du peuple nigérien pour consolider son pouvoir. Ce paradoxe ne relève pas seulement d’une incohérence politique, mais constitue une atteinte aux principes de justice et de coexistence prônés par l’islam authentique, ainsi qu’un défi à l’esprit de l’État civil qui garantit la dignité et les droits du peuple. En tant que démocrate engagé, je condamne cette approche et appelle à la restauration de la Constitution et de l’État de droit, inspiré par les nobles valeurs de l’islam qui conjuguent justice, pluralisme et liberté, tout en dissipant les malentendus répandus parmi le peuple concernant le concept d’islamisation de l’État.

Refus de l’islamisation de l’État : une position documentée
Le Conseil militaire a clairement affirmé, à travers des déclarations officielles en langues locales, son opposition à transformer le Niger en un État soumis à une islamisation totale comme cadre de gouvernance. Cette position s’est illustrée par l’avertissement du gouverneur de Niamey, le 22 mars 2025, contre les discours religieux incendiaires menaçant la cohésion sociale dans un pays confronté à des menaces djihadistes persistantes. Ce refus s’inscrit dans le cadre constitutionnel adopté par le Niger depuis son indépendance en 1960, qui consacre l’État civil comme garant du pluralisme et de la liberté de croyance.

Je soutiens cette position dans la mesure où elle rejette l’imposition d’un modèle de gouvernance susceptible de provoquer des divisions ou de compromettre la coexistence. L’islam authentique appelle à la justice et à la liberté de croyance dans les affaires séculières, comme en témoigne la Charte de Médine, par laquelle le Prophète, paix et bénédictions sur lui, a accordé aux Gens du Livre le droit de se référer à leur propre loi. Dieu dit dans le Coran : « Voudrais-tu contraindre les gens à devenir croyants ? » (Sourate Yunus, 99), soulignant la liberté de croyance. De même, le hadith rapporté par Abou Dawoud : « Quiconque opprime un non-musulman sous contrat de protection, je serai son adversaire au Jour du Jugement », illustre l’engagement de l’islam à protéger les droits des non-musulmans. Des juristes tels qu’Ibn Taymiyya et Al-Shatibi ont insisté sur le fait que la justice et l’intérêt général constituent le fondement de la gouvernance, et que l’application des préceptes islamiques doit tenir compte du contexte et de l’intérêt commun, tout en respectant la liberté de croyance dans les affaires séculières, comme l’a démontré le traitement du Prophète envers les Gens du Livre.

Logiquement, l’État est une institution politique visant à instaurer la justice et la stabilité, et non à porter une identité religieuse en soi. Historiquement, les États, de l’époque prophétique à l’Empire ottoman, n’ont pas adopté le titre d’« islamique », mais portaient des noms politiques tels que « Médine », « Califat omeyyade » ou « Califat abbasside », tout en respectant le pluralisme et la liberté de croyance, comme dans le système des millets ottomans et le libre choix accordé aux Gens du Livre. Une islamisation de l’État susceptible de marginaliser les minorités ou de favoriser l’extrémisme contredit l’esprit de l’islam, qui prône la coexistence. Ainsi, l’État civil, fondé sur la justice et la primauté du droit, est le plus apte à incarner les valeurs de l’islam dans le contexte contemporain du Niger.

Exploitation de l’islam du peuple : un outil de domination et d’incitation à l’extrémisme
À l’opposé, le Conseil militaire exploite l’islam du peuple nigérien, dont plus de 99 % des habitants sont musulmans, pour asseoir sa légitimité. Cela se manifeste dans les recommandations des assises nationales de février 2025, qui reconnaissent l’islam comme religion majoritaire, unifient les horaires de prière et organisent la fête de l’Aïd al-Adha, autant de mesures symboliques visant à rallier la majorité musulmane. Cependant, cette exploitation risque de nourrir l’extrémisme et le terrorisme, car le discours religieux est utilisé pour attiser les passions plutôt que pour promouvoir l’unité et la justice, menaçant ainsi la stabilité d’un pays déjà confronté à des défis sécuritaires. Plus grave encore, le Conseil s’ingère dans le système judiciaire, en limogeant des juges indépendants et en dissolvant des syndicats judiciaires, tels que le Syndicat des magistrats nigériens, pour imposer son contrôle. De surcroît, le discours religieux, comme en témoignent les déclarations d’un conseiller au sein du Conseil consultatif instauré par le régime militaire comme un parlement fictif, a été mobilisé pour justifier des politiques, telles que l’opposition au mariage homosexuel, au nom de concepts comme « l’ordre public » et les « bonnes mœurs », en phase avec les valeurs islamiques.
Cette exploitation contredit l’esprit de l’islam, fondé sur la justice et la liberté de croyance dans les affaires séculières, comme l’a affirmé l’Imam Ali, que Dieu l’agrée : « La justice est le fondement de la gouvernance. » De plus, les lois civiles et internationales consacrent l’indépendance du pouvoir judiciaire comme garant des droits, un principe que le Conseil viole en réprimant la justice sous couvert de religion, exacerbant ainsi les tensions sociales et encourageant l’extrémisme.

Le paradoxe : un défi à la Constitution et aux valeurs de l’islam
Le contraste entre le refus du Conseil d’islamiser l’État et son exploitation de l’islam du peuple révèle une approche opportuniste qui menace l’État civil. D’un côté, le Conseil rejette une islamisation globale pour éviter les divisions et l’isolement international, comme l’attestent ses mises en garde documentées. De l’autre, il instrumentalise les symboles islamiques pour gagner le soutien populaire, ce qui risque de favoriser l’extrémisme et le terrorisme, tout en affaiblissant l’indépendance judiciaire, en violation de la Constitution et des engagements internationaux, tels que la Charte africaine des droits humains. Ce paradoxe contrevient aux valeurs de l’islam, qui appellent à la justice, à la coexistence et à la liberté de croyance dans les affaires séculières, comme en témoigne le libre choix accordé aux Gens du Livre, ainsi qu’à l’État civil fondé sur la primauté du droit.

Appel à un État civil juste
J’appelle à la restauration de l’indépendance judiciaire, au respect de la Constitution et à l’adhésion aux valeurs authentiques de l’islam, inspirées par la coexistence du Prophète, paix et bénédictions sur lui, avec tous, et par la liberté de croyance qu’il a accordée aux Gens du Livre dans les affaires séculières. Le Niger mérite un État civil qui allie l’islam de son peuple à la dignité de la loi, loin des contradictions d’une politique opportuniste susceptible d’alimenter l’extrémisme et le terrorisme.

Oumar ELANSARI

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