Yaoundé –MOUMITE MOHAMED BASIL
Depuis 2016, le Cameroun est confronté à une crise politique et sécuritaire majeure, devenue une guerre asymétrique opposant le gouvernement central aux séparatistes des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui revendiquent la création d’un État indépendant nommé Ambazonie, avec Buea pour capitale.
Contexte historique
L’origine du conflit remonte au partage colonial du Cameroun après la Première Guerre mondiale. Tandis que le Cameroun français accède à l’indépendance en 1960, les régions administrées par la Grande-Bretagne sont appelées à choisir leur avenir en 1961 par référendum. Le Sud rejoint alors le Cameroun pour former une république fédérale respectant les spécificités linguistiques et culturelles.
En 1972, l’abolition du fédéralisme par le président Ahmadou Ahidjo marque le début des frustrations dans les régions anglophones, accusant le pouvoir central de marginalisation croissante.
De la protestation à l’insurrection
La crise actuelle débute en 2016 avec des manifestations d’enseignants et d’avocats dénonçant la domination francophone dans l’appareil judiciaire et éducatif. La répression brutale des manifestations conduit à la radicalisation d’une partie de la population. Le 1er octobre 2017, le leader séparatiste Sisiku Ayuk Tabe proclame l’indépendance de l’Ambazonie. La réponse militaire de l’État déclenche une vague de violences armées.
Depuis, plusieurs groupes rebelles armés ont vu le jour, revendiquant tous la défense de l’indépendance des régions anglophones.
Conséquences humaines alarmantes
Les régions touchées ont perdu près de la moitié de leur population, déplacée à l’intérieur du pays ou réfugiée à l’extérieur. La population restante vit entre deux feux : les rebelles la soupçonnent de collaboration avec l’armée, tandis que les forces gouvernementales sanctionnent tout comportement suspect.
Les coupures d’électricité sont fréquentes, les produits de première nécessité sont rares et chers, et les enlèvements contre rançon se multiplient. Les journées dites « villes mortes » paralysent souvent l’activité économique.
Et maintenant ?
La crise soulève de sérieuses interrogations sur le modèle d’unité nationale au Cameroun. Sans une prise en compte réelle de la diversité linguistique et régionale du pays, et sans justice pour les populations victimes, la spirale de violence risque de se prolonger.







