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L’Arabie saoudite et le Qatar paient la dette syrienne : diplomatie ou repositionnement stratégique ?


Dans un développement rare au Levant, l’Arabie saoudite et le Qatar ont annoncé, dimanche 27 avril, leur intention de régler les arriérés de la Syrie auprès de la Banque mondiale, pour un montant d’environ 15 millions de dollars, selon un communiqué conjoint publié par l’agence de presse saoudienne (SPA).
Bien que ce chiffre reste modeste face aux besoins colossaux de la reconstruction syrienne – estimés à 400 milliards de dollars par les Nations unies – cette initiative a suscité de nombreuses interrogations quant à ses véritables motivations et à son timing.

À ce sujet, France 24 a interviewé Karim Sader, politologue spécialiste du Golfe, pour qui cette démarche s’inscrit dans une logique stratégique claire : consolider l’influence saoudienne dans une Syrie en pleine mutation.

Conquérir l’espace syrien post-Assad
Selon Karim Sader, Riyad cherche à reprendre pied dans une Syrie libérée de l’influence iranienne et du régime alaouite.

« En reconnectant la Syrie à la Banque mondiale et aux institutions internationales, l’Arabie saoudite accorde une nouvelle légitimité aux autorités en place », explique-t-il.

Il souligne également que le soutien à un État syrien centralisé permettrait à Riyad d’empêcher une partition du pays, et de renforcer sa position en Méditerranée orientale, aux portes du Liban et de Gaza.

La reconstruction, une opportunité économique
Au-delà de l’enjeu géopolitique, la Syrie représente une opportunité économique considérable, estime Sader.

« Régler la dette syrienne permet aux deux pays de se positionner stratégiquement pour bénéficier des futurs financements internationaux ».

Un rapprochement tactique entre Doha et Riyad
Le choix de coordonner cette action avec le Qatar est également significatif, surtout après la crise diplomatique de 2017.

« Riyad cherche à affranchir Doha de la tutelle turque », analyse Sader, rappelant que le Qatar mène une diplomatie agile et multilatérale, soucieuse de préserver ses relations avec toutes les puissances régionales.

Le déclin du Croissant chiite, une chance pour Riyad
Le politologue observe que l’Iran, affaiblie, perd progressivement son emprise sur le Croissant chiite – allant de Téhéran à Beyrouth.

« L’Arabie saoudite profite de ce vide pour reprendre pied au Levant et proposer une alternative sunnite modérée face à l’influence iranienne ou turque ».

Vers une nouvelle architecture régionale
Selon Sader, cette initiative s’inscrit dans un accord tacite entre Washington, les pays du Golfe et Israël : contenir l’Iran militairement d’un côté, investir et reconstruire de l’autre – le tout dans une perspective de normalisation future entre Riyad et Tel-Aviv.

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